Interdiction des ICO en Chine : analyses

Les faits

La Chine a annoncé en début de semaine son choix d’interdire les Initial Coin Offering (ICO) sur son territoire. Les organisations qui lèvent des fonds en ICO sont depuis lundi interdites en Chine ; les citoyens chinois n’ont plus le droit de participer à des ICO ; et les banques et institutions financières chinoises n’ont plus le droit d’effectuer d’activités en lien avec les ICO. En outre, les ICOs ayant déjà eu lieu et ayant levé des fonds auprès d’investisseurs chinois sont sommées de ‘rembourser’ ces derniers.

Dès mardi, quatre startups ayant effectuées leur ICO ont annoncé le remboursement des fonds aux détenteurs de tokens, et plus d’une quarantaine de plateformes chinoises d’ICO ont arrêté leurs services.

Les autorités de régulation prévoient aussi d’exiger auprès des opérateurs dédiés la fermeture des sites internet et des applications mobiles des projets d’ICO, et leur suppression des App stores. Les licences business des entreprises concernées seront également supprimées, ainsi que leur accès aux services financiers (ouverture de compte, services de paiement…).

Points de vue et analyses

L’annonce de la Chine a suscité de nombreuses commentaires. Malgré son caractère radical, cette décision n’a pas pris l’écosystème blockchain totalement de court car elle avait été précédée de plusieurs signes avant-coureurs. Beaucoup s’attendaient en réalité depuis plusieurs semaines à ce que la Chine restreigne sa régulation sur le sujet.

Les débats ont surtout porté sur les raisons de cette décision. « Le gouvernement chinois considère peut-être l’idée d’une économie décentralisée comme une grande menace pour son régime actuel»  a déclaré à Forbes Stanislav Glukhoedov, CEO de la startup Prosense. Plus simplement, beaucoup voient surtout dans cette décision la volonté de la Chine de stopper un phénomène non-maîtrisé qui s’était accéléré dans des proportions inédites ces dernières semaines : alors qu’à mi-juillet, 400 millions de dollars avaient été levés en ICO par des projets chinois, indique Bloomberg, le marché s’est emballé en juillet et août au point qu’en seulement 8 semaines, les entreprises chinoises auraient levé 766 millions (!) en ICO ‘locales’, écrit Forbes qui rapporte une information du Shanghai Security News !

L’annonce de la Chine est interprétée par beaucoup comme étant provisoire, et devant servir à temporiser pour réfléchir à une meilleure réglementation C’est notamment l’avis du CEO de la plateforme blockchain Waves, Sasha Ivanov : « Le gouvernement chinois aurait pu lutter contre ces activités qui évoluent juridiquement dans une zone grise, mais il a finalement perdu patience, au fur et à mesure que des entreprises tentaient de lever des millions pour rien. Les ICO régulées seront autorisées en Chine à l’avenir» , pronostique-t-il.

Dans cette optique, certains saluent la décision des autorités chinoises, comme le cofondateur du réseau social décentralisé Indorse, David Moskowitz, cité par Forbes, qui y voit une manière de protéger les investisseurs des arnaques. « Ce type d’initiatives peut aider à nettoyer le marché des ICO et à évacuer les arnaques. Les projets d’ICO pourraient être moins nombreux dans un avenir proche, mais plus sérieux» , abonde Stanislav Glukhoedov. « C’est un secret pour personne qu’aujourd’hui un grand nombre d’ICO, qui paient des publicités sur Facebook en promettant des réductions et retours sur investissement gigantesques, ne sont rien d’autres que des arnaques»  juge le CEO de la plateforme blockchain Waves, Sasha Ivanov.

Mais de nombreux acteurs de l’écosystème blockchain se montrent nettement plus critiques. « Certains gouvernements vont essayer d’arrêter ce mouvement [d’ICO] et en venir à des initiatives radicales [comme celles-ci] pour y parvenir»  pronostique Luis Cuende, cofondateur du projet blockchain Aragon, ajoutant cependant que « grâce à Internet et à la cryptographie, il n’y a pas de retour en arrière possible» .

Selon lui, « à terme, certains autres gouvernements adopteront les ICO et les cryptomonnaies en général, ce qui créera une concurrence juridictionnelle et forcera les autres pays à être raisonnables» .

Une décision qui va contre l’innovation

Fred Wilson, grande figure du capital-risque et suiveur attentif des ICO, critique lui aussi la décision de la Chine. Selon lui, la réglementation des ICO est « inévitable » et souhaitable, à condition qu’elle se fasse pas à pas, et non de façon brutale comme l’a fait la Chine. « Une interdiction générale des ICO n’est à mon avis pas la bonne décision à prendre» . Il met plutôt en valeur la décision aux Etats-Unis de la SEC (Securities and Exchange Commission), qui avait établi la distinction entre des tokens directement utiles dans le modèle du projet et des tokens assimilables à des titres financiers. Pour Fred Wilson, les premiers sont ceux qui rendent possible l’innovation.

Il cite l’exemple d’Ethereum, qui s’était développé à ses débuts via une ICO, en 2014. « Si j’interprète bien le texte des régulateurs chinois, ils disent qu’une ICO comme celle d’Ethereum ne sera plus autorisée. C’est une mauvaise chose» , car Ethereum a permis toute une vague d’innovations.

Une décision qui pourrait pourrait profiter à court terme aux Etats-Unis

Fred Wilson précise : « je ne voudrais pas que la SEC et d’autres autorités de réglementation suivent cet exemple. Je pense qu’une meilleure initiative serait de s’efforcer de nettoyer le marché des arnaques et autres acteurs néfastes, tout en permettant à la véritable innovation de continuer. Cela semble être la perspective de la SEC et je les encourage à continuer dans cette direction et à ne pas suivre les Chinois.» 

Il termine son propos en citant l’analyse de Naval Ravikant, investisseur lui aussi très écouté dans l’écosystème blockchain :

Pour Fred Wilson, les Etats-Unis ont toujours été très « accueillants vis-à-vis des innovations et des innovateurs. Nous avons pu l’être grâce à l’application de réglementations judicieuses (pour la plupart) sur les nouvelles technologies innovantes. Si nous conservons cette approche, nous pouvons rivaliser et même battre la Chine dans des marchés comme la blockchain où ils sont sans doute en avance sur nous» , écrit-il.

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