« Le marché des Initial Coin Offering dysfonctionne complètement »

Le fondateur et ancien CEO de l’entreprise blockchain Blockstream, Austin Hill, livre son point de vue sur la dynamique actuelle des Initial Coin Offering (ICO), dans une interview sans langue de bois au site VentureBeat. 

« C’est une nouvelle bulle Internet qui se reproduit, juge-t-il. C’est un bordel absolu, une foule d’arnaques illégales et immorales qui se produisent à grande échelle. Le marché entier dysfonctionne complètement à l’heure actuelle ».

Selon lui, l’écosystème est composé en particulier de trois profils:

1/ « Des jeunes entrepreneurs bien intentionnés (leur but n’est pas de créer des arnaques) mais ignorants. qui utilisent l’ICO comme moyen de lever de l’argent gratuitement.

2/ Des gens mal-intentionnés qui construisent des ICO pour extorquer l’argent d’investisseurs non-expérimentés.

3/ Des investisseurs et advisors très bien renseignés qui vont voir de jeunes entrepreneurs et leur disent «oublie les VC et les contraintes qui vont avec ; je vais t’aider à lever 20-30 millions de dollars en ICO, sans dilution. » Ils prennent des commissions, des tokens, et travaillent dur pour ne pas être associé à l’entreprise qui effectue l’ICO, de façon à ce que cette dernière porte toute la responsabilité légale, pendant qu’eux passent à l’ICO d’après

Il considère qu’il est tout-à-fait possible que les US effectuent des arrestations de porteurs de projets d’ICO : « Même si la plupart des ICO essaient de se domicilier en Suisse et de se jouer des régulations, les autorités américaines s’en fichent. Franchement, le gouvernement américain a déjà effectué des arrestations par le passé, avec le poker en ligne. Ils arrêtaient les CEO à leur atterrissage aux US. Vous atterrisiez au Texas ? Ils vous arrêtaient parce que vous dirigiez un site de paris. Je pense qu’on verra ça avec ce marché des ICO. »

Au-delà des risques juridiques « considérables », il souligne un autre type de risques, « vis-à-vis des exits. Je pense qu’une grande partie des entreprises qui lèvent en ICO se ferment les portes des chemins traditionnels d’exits en M&A. Une fois une ICO effectuée, cela pourrait bien être le dernier financement que l’entreprise en question sera capable d’obtenir. Si tout se passe bien et que les tokens continuent d’avoir une valeur deux ans après, cela pourra marcher pour certaines entreprises, mais une majorité manquera probablement de fonds et n’auront plus d’options. »

Pour lui, les projets qui apportent une réelle innovation, inédite, « se comptent sur les doigts d’une main » (il cite Bitcoin, Ethereum, et Zcash). « Les autres sont issus de forks, ou copient d’autres projets, ou survendent des white papers dont les fondements scientifiques ne sont pas solides. »

Il prend l’exemple de Tezos, sur lequel il se montre très critique : « Tezos a levé $240 millions pour un white paper ridicule, fou – je l’ai montré à des informaticiens et ils ont juste rigolé. Ils ont blagué sur le fait que des enfants de maternelle auraient pu l’écrire. La plupart de ces startups copient et collent des bouts d’idées de la thèse d’un Ph.D et essaient de les présenter comme une idée crédible, alors qu’il n’y a pas de sous-jacents scientifiques sérieux. Et pourtant, ils lèvent des centaines de millions de dollars ».

Il compare la situation actuelle à celle du poker en ligne au début des années 2000. « Il y avait une vague de joueurs de poker en ligne qui se sont fait une fortune. Ils se faisaient des tonnes d’argent chaque année, mais c’était de l’argent gratuit, ils n’avaient aucune appréciation de sa valeur. On voit la même chose aujourd’hui dans le monde crypto : une grande partie des investissements viennent d’individus qui ont bénéficié de taux de rentabilité gigantesques sur Ethereum. En conséquence, ils se disent ‘ok, peu m’importe de placer des dizaines de milliers dans une nouvelle ICO’. Ce marché artificiel ne pourra pas durer ainsi éternellement. »

(source VentureBeat)