Quels risques posés par les ICO (Initial Coin Offering) ?

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Les ICO suscitent depuis quelques mois une excitation légitime, qui tend cependant parfois à devenir irrationnelle et à laisser croire qu’elles représentent une ‘méthode miracle’ pour lever des fonds ou investir dans un projet. Or malgré leurs atouts considérables, les ICO présentent des risques aussi bien pour les investisseurs que pour les porteurs de projets. Tour d’horizon des principaux :

L’absence de garanties pour les investisseurs

Avec le boom des ICO se développent également les arnaques. Il est relativement aisé de créer un site vitrine, de rédiger un white paper pour la forme, et d’annoncer le lancement de son ICO. Malgré les avertissements adressés aux investisseurs (lire notre article : 10 points clefs à regarder avant d’investir dans une ICO), nombre d’entre eux sont victimes de scams ou de projets douteux, qui leur font perdre les montants investis. L’achat de tokens n’accorde en effet légalement aucun droit aux investisseurs : les porteurs de projets, conscients qu’il n’existe aucune autorité de contrôle pour réguler les ICO, peuvent tout-à-fait s’échapper avec l’argent…ou faire traîner le développement du projet.

Au-delà des arnaques, certains projets sont portés de bonne foi par des entrepreneurs qui n’ont toutefois pas les compétences nécessaires pour réaliser les ambitions qu’ils affichent. Pour l’investisseur, il s’agit donc de savoir bien évaluer la solidité des projets (ce qui n’est pas à la portée de chacun : le métier d’investisseur professionnel n’existe pas pour rien !), car sans étude sérieuse du background de leurs membres clefs et du white paper, il est facile de se laisser convaincre par l’un des multiples projets annonçant la création d’ ‘une nouvelle application révolutionnaire’, qui sont parfois surtout solides sur le plan…marketing ! N’oublions pas, du reste, qu’investir dans une ICO revient le plus souvent à investir dans l’idée d’un projet.

Savoir évaluer la solidité des projets n’est pas à la portée de chacun : le métier d’investisseur professionnel n’existe pas pour rien !

Dès lors, gare à l’effet FOMO (Fear of Missing Out) qui pousse psychologiquement chacun à ne pas rater des ‘opportunités uniques’ et à se fier à l’apparente expertise des autres investisseurs : cet effet a conduit plusieurs fois à des phénomènes de masse faisant le bonheur de certains porteurs d’ICO…

Certains projets prometteurs en apparence sont surtout solides sur le plan…marketing

A cela, il faut également citer le risque de possibles piratages du projet a posteriori : l’affaire TheDAO, du nom de ce projet qui avait levé 160 millions de dollars au printemps 2016 avant de subir une attaque fatale, en est l’exemple le plus célèbre.

Le risque lié à l’incertitude juridique

Les autorités de régulation seront amenées tôt ou tard à se pencher sur les ICOs. Elles pourront prendre des décisions décisives pour certains projets, et par exemple estimer que les tokens présentant certaines caractéristiques ne sont pas conformes à la réglementation. Ainsi fin juillet 2017, la SEC (Securities and Exchange Commission), aux USA, a estimé que les tokens proposés par le projet TheDAO en 2016 devaient être considérés comme des actions, et que ce type de tokens doit être soumis à la réglementation américaine sur les «  securities » – une décision aux implications importantes pour les porteurs de projets de ce type.

La volatilité, pouvant coûter cher aux porteurs de projets d’ICO

Les cryptomonnaies peuvent être très volatiles en raison de la forte spéculation qu’elles connaissent. En l’espace de quelques minutes, si ce n’est secondes, un montant levé ICO peut donc perdre fortement en valeur. Ainsi, l’ICO du protocole Bancor le 12 juin a permis au projet de lever en ether l’équivalent de 153 millions de dollars…mais trois jours plus tard, l’ether a chuté de 22%, ce qui a fait retomber la levée de fonds à 119 millions de dollars : 34 millions envolés en 72h ! Il existe, cela étant, une façon de se protéger contre ce risque pour les porteurs de projet d’ICO : convertir en monnaie ‘fiat’ (euro, dollar…) une fraction du montant levé dès l’ICO terminée, pour sécuriser ces fonds.

Le risque de profonds déséquilibres au moment de l’ICO…et par la suite

L’ICO du Basic Attention Token, qui s’est terminée en 24 secondes après avoir levé l’équivalent de 35 millions de dollars, est une illustration très parlante de ce problème. Seule une poignée d’investisseurs ont pu acheter des tokens BAT, en raison des modalités choisies pour l’ICO par les porteurs du projet. Un quart des tokens ont même été acquis par un seul investisseur ! Ce faisant, le jeu de l’ICO est faussé puisque les investisseurs paient des frais de minage extrêmement élevés sur leurs transactions, ce qui leur permet d’être choisis de façon préférentielle pour les transactions servant à acheter les tokens. Dans l’ICO de Basic Attention Token, certains ont payé jusqu’à 2200 dollars de frais de transaction pour être certains d’être les premiers sur le coup. Ces investisseurs peuvent alors vendre ensuite ces tokens à des prix très élevés (au vu de la forte demande et l’offre très réduite), obtenant ainsi des profits intéressants.

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Dans l’ICO du Basic Attention Token, 1/4 des tokens ont été acquis par un seul investisseur, et presque la moitié par quatre investisseurs

Outre le fait que ce mécanisme prive tous les autres investisseurs de la possibilité de participer à l’ICO, il constitue aussi un risque pour le projet lui-même : en effet, une ICO qui permet à un projet de lever des montants élevés auprès d’un faible nombre d’investisseurs n’est pas (forcément) une réussite, puisque peu d’individus seront engagés avec le projet pour la suite – un des avantages d’une ICO étant de pouvoir créer dès le début une communauté d’early adopters suffisamment nombreux et prêts à faire grandir activement le projet dans les mois qui suivent.

Des levées de fonds aux montants parfois démesurés

A priori, il semble contre-intuitif de plaindre un fondateur de projet blockchain pour avoir levé ‘trop’ d’argent grâce à une ICO. Cette situation pose pourtant problème à deux égards.

D’une part, l’expérience montre que plus une équipe dispose d’une situation financière confortable, moins elle est prompte à se démener pour réussir rapidement. Ce mécanisme psychologique se vérifie d’ores et déjà pour des projets blockchain ayant levés il y a quelques mois des sommes (très) importantes en ICO (plusieurs dizaines de millions de dollars, pour des projets très en avance de phase voire n’ayant encore aucune démo) et dont les avancements semblent depuis très limités comparés à leurs moyens – ce qu’elles justifient souvent en invoquant la ‘nécessité du temps long’, parfois à raison, parfois avec une certaine mauvaise foi…

D’autre part, il est globalement reconnu que le marché des ICO est actuellement l’objet d’une certaine bulle et de levées aux montants irrationnels – une correction est d’ailleurs probable dans les prochains mois ; certains projets bénéficient en conséquence d’un excès de capital, créant une distorsion de marché.

Une naïveté de certains porteurs de projet sur les implications pré et surtout post-ICO

Lorsqu’un article évoque les ICO dans les médias, il est toujours question de projets ayant levés ‘plusieurs dizaines/centaines de millions de dollars en l’espace de quelques secondes/minutes’. Si techniquement l’affirmation n’est pas incorrecte, elle est cependant trompeuse. En donnant l’impression que le processus permet en quelques instants de lever des montants considérables, elle masque en effet l’important travail nécessaire à réaliser en amont et en aval de l’ICO. Sans ce travail, le risque est, en amont, de simplement rater son ICO, et en aval, de générer des déceptions et mécontentements pouvant perturber fortement, voire tuer, le développement du projet.

Affirmer qu’une ICO permet en quelques instants de lever des montants considérables est trompeur : c’est masquer le travail considérable – et pourtant parfois sous-estimé – à réaliser en amont et en aval de l’ICO

Si, en amont de l’ICO, l’importance du travail préparatoire commence à être mieux connue (lire notre article : Lancer son ICO, conseils et bonnes pratiques), il est peu souvent question des efforts à poursuivre après l’ICO. Or la liquidité des tokens, c’est-à-dire la facilité et la rapidité pour un investisseur à vendre ces tokens sur les plateformes d’échange contre des dollars, doit inciter les porteurs de projet à être prudents. Ne nous y trompons pas : la majeure partie des investisseurs d’ICO sont aujourd’hui des spéculateurs. S’ils sentent, ou croient percevoir, que le projet ne présente plus assez de garanties solides sur son développement, ils seront tentés de vendre leurs tokens, et le prix de ceux-ci sera donc tiré vers le bas. Dès lors, il semble essentiel qu’une équipe compte à temps partiel voire à temps plein, en fonction du montant levé lors de l’ICO, un membre à part entière dédié aux relations avec les investisseurs, qui communique très régulièrement sur les avancées du projet.

La liquidité des tokens doit inciter à la prudence de la part des porteurs de projets dans la phase post-ICO

En raison du boom récent des ICO, l’écosystème n’a que peu de recul et de retours d’expérience sur les phases qui suivent les processus d’ICO. Certains spécialistes, comme Jamie Burke (CEO du fonds Outlier Ventures), estiment pourtant que le risque de mauvaise communication post-ICO constituera à l’avenir la principale cause de décès des projets ayant levés en ICO.

Le risque que les plateformes d’échange n’acceptent pas le token

Au coeur du principe des ICO figure la possibilité, pour les acheteurs du token émis pendant l’ICO, de le vendre ensuite sur les plateformes d’échange. Ce principe de marché secondaire du token n’est toutefois possible que si ces plateformes acceptent de prendre en compte le token, ce qui n’est pas forcément acquis d’emblée pour tous les tokens…

Le risque de blocage du réseau pendant l’ICO

Les ICO les plus attendues peuvent ralentir très fortement le réseau jusqu’à provoquer une congestion de celui-ci. Le cas s’est produit par exemple lors de l’ICO de Status (qui a levé l’équivalent de 100 millions de dollars), pour laquelle de nombreux internautes qui souhaitaient investir dans Status ont vu leurs transactions échouer, ou encore lors de l’ICO du Basic Attention Token, où le réseau était si congestionné que certaines transactions ont mis près de 9 heures pour être validées sur le réseau Ethereum.

Le risque, pour les investisseurs, de ne pas pouvoir stocker leurs tokens

Ce risque peut sembler plus mineur comparé aux précédents mais mérite tout de même d’être évoqué : il est possible que vous ne puissiez pas stocker vos nouveaux tokens dans vos wallets. Ainsi, il est possible de stocker n’importe quel token fondé sur Ethereum dans un wallet ether, mais les tokens construits en dehors d’Ethereum peuvent être difficiles à stocker.

Pour terminer ce panorama, citons enfin une limite non-négligeable des Initial Coin Offerings vis-à-vis des levées en venture capital (VC) : la qualité des investisseurs. En VC, il est courant que les investisseurs n’apportent pas seulement leur argent, mais aussi leur expérience et leurs carnets d’adresses, qui peuvent jouer un rôle décisif dans le développement de l’entreprise. Les projets financés en ICO peuvent certes compter sur une communauté d’early-adopters enthousiastes et impliqués dans la réussite du projet, mais cela ne remplace pas pour autant l’apport de ce qui est appelé le ‘smart money‘. C’est pourquoi certaines équipes choisissent de compléter leur ICO par des levées de fonds plus classiques, pour profiter des avantages de chacune.

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