Comprendre les tokens : définition, explication, typologie

Qu'est-ce qu'un token ? A quoi servent les tokens ?

Définition et explications

Un token est un actif numérique pouvant être transféré sans duplication entre deux parties sur Internet, sans nécessiter ni accord ni intervention d’un tiers.

Le token permet ainsi de surmonter un problème encore non-résolu jusqu’à présent : échanger, sur Internet, de la valeur fondée sur de la rareté en pair à pair, c’est-à-dire d’un individu à un autre, sans passer par une autorité centrale.

Illustration : aujourd’hui, lorsqu’un internaute A envoie un fichier à un internaute B sur Internet (document écrit, vidéo, chanson…), l’internaute B ne reçoit en réalité pas le fichier en lui-même, mais une copie. L’internaute A, de son côté, conserve son fichier. Ce système, qui fonctionne bien pour les fichiers échangés sur Internet, n’est pas viable pour les actifs de valeur fondés sur de la rareté : si l’internaute A envoie 1 euro à l’internaute B et conserve en même temps cet euro, celui-ci perd de sa valeur. Internet tel qu’il est conçu empêche donc de pouvoir s’envoyer de la rareté numérique de pair à pair, sans passer par une autorité centrale comme une banque. Ce problème fondamental est résolu par les tokens et la blockchain.

Emis et échangeable sur une blockchain, le token présente plusieurs autres atouts clefs :

  • Il peut être créé par tout internaute.
  • Il est personnalisé par son créateur, afin de pouvoir être utilisé (le plus souvent) dans une application décentralisée. A ce titre, il peut représenter, par exemple, un droit d’usage d’un produit ou service blockchain ; un droit de vote ; un droit d’auteur ; un moyen de paiement ; une réputation ; ou encore, plus globalement une unité de valeur d’échange au sein d’une application décentralisé ou d’un écosystème donné.
  • Il peut être vendable et achetable à tout moment, en particulier sur des plateformes d’échange à un prix fixé en temps réel par l’offre et la demande. Il est donc très liquide.

Exemples :

  • Storj est un service de stockage cloud décentralisé qui n’est utilisable qu’en faisant usage d’un token appelé Storjcoin. Tout utilisateur peut louer l’espace libre de son ordinateur sur le réseau en échange de Storjcoin, et inversement peut acheter de l’espace de stockage sur le réseau Storj contre des Storjcoin. En résumé, lorsqu’un utilisateur achète ou reçoit des Storjcoin, il peut ensuite soit acheter de l’espace sur le réseau (à un coût censé être moindre qu’avec les services existants, et sans devoir placer ses fichiers chez un tiers de confiance), soit les garder dans une perspective de spéculation, soit les convertir dans sa monnaie traditionnelle (euro, dollar…).
  • iExec est un projet franco-chinois qui vise à développer une place de marché décentralisée de la ressource de calcul (un « Airbnb du serveur » pour reprendre l’expression de son fondateur Gilles Fedak) : tout utilisateur, particulier comme professionnel, pourra louer la puissance de calcul inutilisée de son ordinateur ou de ses data centers sur le réseau, en échange de tokens iExec. Inversement, tout utilisateur pourra acheter de la puissance de calcul avec des tokens sans devoir payer pour l’infrastructure, celle-ci étant décentralisée.
    De multiples applications sont envisageables, notamment en intelligence artificielle, en recherche médicale, en cybersécurité, etc. Des entreprises, par exemple du secteur industriel, pourraient utiliser ce service lorsqu’elles ont besoin de plus de puissance de calcul lors de certains pics d’activité, sans devoir posséder le matériel le plus puissant qui soit.

NB : Pour plus d’informations sur le potentiel des tokens et leurs applications, découvrez le premier rapport en France sur la ‘token économie’, dont sont issus les explications ci-dessus: https://www.thedigitalnewdeal.org/lage-du-web-decentralise/

Le rôle des tokens dans les ICO

Les tokens sont notamment au coeur du mécanisme des ICO (Initial Coin Offering).

Lors d’une ICO, également appelées token sale, des tokens sont émis et vendus en très grand nombre à de multiples internautes-investisseurs (d’où le terme de crowdsale), afin de financer le lancement et le développement d’un projet blockchain. Ces tokens doivent en principe être partie intégrante du fonctionnement et/ou du business model du projet.

En contrepartie des tokens vendus, l’organisation à l’origine de l’ICO reçoit l’argent payé par les internautes sous forme de cryptomonnaie. Cette organisation peut être une entreprise ou une fondation à but non lucratif. Ainsi en 2014 les fondateurs d’Ethereum ont entrepris une ICO dont les fonds (l’équivalent de plus de 18 millions de dollars) sont allés à la fondation Ethereum (à but non lucratif), afin de développer la blockchain éponyme.

Dès lors, les ICO constituent une alternative au financement par capital-risque, grâce à l’émission de ces fameux tokens.

Attention cependant : les tokens ne représentent pas des parts de capital (equity) – hors cas spécifique des equity tokens. Ils ne diluent donc pas les parts des actionnaires de l’entreprise. En outre, contrairement à de l’equity, qui peut prendre des années à devenir liquide, un token peut se vendre en 10 minutes (exceptées l’existence de restrictions imposées par les fondateurs du projet). La liquidité des tokens est un atout phare des ICO.

Nature et usages des tokens

Pour schématiser, il est possible de distinguer trois types de tokens :

les tokens liés à des protocoles. Exemples de protocoles : Bitcoin (token éponyme), Ethereum (token : l’ether), Tezos (token : Tez, au pluriel Tezzies)…(comparaison avec Internet : Http est un protocole)

les tokens conçus pour fonctionner dans des applications spécifiques, appelées dApps dans l’univers Ethereum. Les tokens sont alors construits par-dessus un protocole existant. (comparaison avec Internet : Facebook est une application, construite au-dessus de Http).

Les possibilités d’usages d’un token sont très nombreuses. Entre autres, un token peut représenter un droit (d’usage d’un produit/service ; d’accès ; de vote ; etc.) ; un moyen de paiement ; une réputation (exemple du token d’Augur, marché prédictif décentralisé) ; ou encore, plus globalement une unité de valeur d’échange au sein d’une application ou d’un écosystème donné. Cela ouvre alors la voie à un système économique transactionnel entre acheteurs et vendeurs, où les utilisateurs peuvent gagner des tokens soit de façon active (via une tâche spécifique), soit de façon passive (ex : accepter de monétiser ses données, ou de monétiser son espace de stockage libre comme propose Storj), puis les dépenser dans les services de l’écosystème donné.

les tokens conçus comme des titres financiers : ils sont appelés security tokens et sont encore très peu développés pour des raisons de réglementation. Ils sont toutefois promis à un grand avenir (pour plus d’informations, voir la partie IV du rapport sur la token économie).

Histoire des tokens

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La domination du bitcoin parmi l’ensemble des tokens était quasi-totale jusqu’en 2016. Le bitcoin est devenu minoritaire depuis 2017.

Le premier token de l’histoire, créé en 2009, est le bitcoin. De multiples autres tokens ont ensuite vu le jour dans le sillage du bitcoin :

  • soit fondés sur les caractéristiques de Bitcoin avec quelques variations dans le protocole (Dogecoin, ZCash et bien d’autres). Ces tokens sont nés avec leur propre blockchain : il s’agit donc de tokens fondés sur des chaînes entièrement nouvelles, mais dont le code consiste en un dérivé de Bitcoin.
  • soit reposant sur de nouvelles chaînes elles aussi, mais cette fois-ci avec un code entièrement repensé (l’exemple le plus célèbre est Ethereum, dont le code n’a pas été construit à partir de Bitcoin, et dont les fonctionnalités sont censées permettre un éventail d’applications décentralisées plus vaste ; citons aussi plus récemment Tezos).
  • soit fondés sur un code dérivé d’un code originel (comme dans le cas n°1) mais cette fois-ci également sur des chaînes dérivées (suite à un phénomène appelé fork) d’une blockchain principale. Les exemples les plus célèbres sont les tokens des blockchains Ethereum Classic et Bitcoin Cash, créés respectivement à la suite de hard forks des blockchains Ethereum (en 2016) et Bitcoin (en 2017).

Comme expliqué précédemment, un tout autre type de tokens s’est également développé en parallèle : il consiste en la création de tokens par-dessus une blockchain existante (qui est le plus souvent Ethereum). Il s’agit alors d’applications décentralisées, et non de protocoles eux-mêmes.

Nos études pour approndir :

Grand rapport sur la token économie et le web décentralisé

En quoi les ICO constituent-elles un changement de paradigme ?

➤ 10 points clefs à regarder avant d’investir dans une ICO

Quels risques posés par les ICO (Initial Coin Offering) ?

Créer et lancer son ICO : conseils et bonnes pratiques

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